Au théâtre ce soir!
Quelques pièces à voir ou à revoir
Un spectacle de marionnettes exceptionnel : Shakespeare, Le songe d'une nuit d'été par les marionnettes de Salzburg


Ouverture de rideau sur le salon de Michelle et Véronique Houllié. Teintes brunes, tables basses envahies de livres, deux chaises, gros bouquet de tulipes blanches dans un vase posé à même le sol. En toile de fond, un mur couleur taupe, fissuré sur toute sa hauteur et sa largeur. Quelques marches mènent vers le reste de l'appartement. Dans ce décor de type "loft bobo minimaliste", les deux couples se découvrent et tentent de s'apprivoiser. Bienséance, politesse et retenue sont de mise. Chacun est à sa place, tout le monde fait des efforts - on ne le sent que trop - mais pour autant, personne ne concède de territoire à son opposant. Il s'agit pour chacun de défendre les intérêts de sa progéniture (et donc son éducation, ses principes, ses valeurs). Les répliques fusent. La tension s'installe, l'affaire ne va pas être simple à régler. Yasmina Reza a mis quatre tigres (bien domestiqués) en cage et nous a promis un combat. Le chaos pourra-t-il être évité ? Les personnages, campés par Isabelle Huppert, André Marcon, Valérie Bonneton, Eric Elmosnino sont joués avec sincérité, sans trop d'emphase. La très belle surprise vient de Valérie Bonneton, qui réussit à s'imposer aux côtés d'une Isabelle Huppert aussi charismatique qu'à l'accoutumée. Les maris sont irréprochables. Le texte fait le reste.


Une pièce rejouée à Paris en septembre 2008
Cela fait presque 10 ans que j'ai vu cette pièce et j'en ai encore la chair de poule...

Ce soir, après tant d'années, je suis sûre que mes rencontres avec Callas n'étaient pas du domaine du fortuit, de l'anecdote. On était en mai 1965. De ces jours déjà longs, où l'on se sent grisé et fautif en vêtement de soir, alors que les merles donnent encore de la voix. Foule mondaine à l'Opéra de Paris. Chacun allait, soyons juste, pour être vu et non pour écouter. En montant les marches déjà, le verdict était annoncé ; d'accolade en baise-main on se passait le mot, soufflé comme un secret d'alcôve : Callas la Divine n'avait plus de voix. "Elle a trop maigri, chérie, trop vite". D'où vient cette manie d'enfant cruel d'adorer faire tomber les étoiles ? Il est vrai "Casta Diva" laissa un goût de déception, solitude et fragilités mêlées. D'infinie lassitude surtout, dans ce décor de caverne et de feuilles de chêne. Mais j'étais jeune, heureuse, enceinte de mon premier enfant : j'oubliais la soirée. Je devais m'en souvenir bien plus tard dans ma vie, lors d'un dîner en ville. 1976. Fleurs, christaux, paillettes. L'ennui. Et Maria Callas. Tailleur Chanel rose cendre, mousseline rose à son sac. Brave comme un taureau qui saigne, elle faisait face, d'une voix adoucie de calmants "Oh, vous savez, je travaille encore tous les jours". Elle mangea à peine, nous étions placées face à face. Elle m'a regardée. Elle m'a regardée. Elle. Tout ce qu' il y avait dans ce regard là, tout, Terence McNally vous le confiera ce soir." - Marie Laforêt

Au théâtre des enfants terribles
Février 1905, Moscou. un groupe de terroriste organise un attentat contre l'oncle du tsar, le grand duc serge.
Réflexion engagée sur le terrorisme d'hier et d'aujourd'hui, sur la violence des hommes face à leur humanité, leurs doutes,leurs espoirs et leurs sacrifices...
dans ce huis clos, ces "justes" confronteront leur idéal de révoltés à la réalité des hommes.

Espace Marais
22, rue Beautreillis, 75004 Paris
Antigone, c'est le destin tragique et inéluctable de la fille d'Œdipe. Polynice et Étéocle, les deux frères de la jeune héroïne, ont mené un combat à mort pour conquérir Thèbes. A la suite de cette bataille leur oncle Créon, sévère et intransigeant, donne son verdict : le cadavre de Polynice, coupable à ses yeux, n'aura point de sépulture. Antigone se dresse alors contre la sentence faisant fi des lois. Créon la condamnera à mort pour sa rébellion.
Cocteau a repris la pièce de Sophocle et l'a actualisée. Le mythe et ses valeurs ont toujours cet impact saisissant. Le combat d'une fille pour des idéaux, sa fidélité dans ses convictions, la beauté de son honnêteté... Antigone est touchante pour sa fragilité. Antigone est charismatique pour sa rébellion contre un système, contre un ordre établi. Une pièce moderne et porteuse d'un message fort.
Hermile Lebel, notaire québécois, ouvre le testament de Madame Nawal Marwan et lit ses dernières volontés en présence de ses deux enfants, Jeanne et Simon, nés tous deux le même jour, 20 août 1980. Ils ont 22 ans. En plus du partage des biens entre ses jumeaux, elle demande à être enterrée sans cercueil, visage vers le sol. Pas de pierre, pas de nom. Jeanne doit retrouver son père et lui remettre une enveloppe confiée au notaire, Simon de même doit remettre une enveloppe, mais à son frère. Père qu'ils croyaient mort et frère dont ils ignoraient l'existence.
Pourquoi après des années de silence leur mère a-t-elle prononcé cette phrase avant de mourir : « maintenant que nous sommes ensemble, ça va mieux » ?
Tout a commencé quand Nawal avait 14 ans. Amoureuse de Wahab, elle tombe enceinte, ce qui n'est pas accepté par sa famille. L'enfant lui sera enlevé et placé en orphelinat.

C'est l'histoire d'une colère. Celle que pique Walid lorsqu'il est réveillé à quatre heures du matin, en pleine tempête de neige, par la sonnerie du téléphone. Il décroche, on lui dit : Walid ? Oui. Viens vite. Il raccroche et sort de chez lui pour aller à l'hôpital où sa mère est malade. Au cours de ce trajet hivernal il est aux prises avec des pensées qui le bouleversent. Il ressent presque un soulagement à l'idée que sa mère va peut-être mourir et il a le sentiment qu'à partir de ce moment, il va vraiment grandir et vivre. Mais il y a comme un vacarme au fond de son âme qui provoque en lui une peine immense. Il parle seul et tout haut. Il doit dire des mots, beaucoup de mots qui deviennent le théâtre de sa pensée et de cette peine qu'il est en train de vivre.
Extrait :
"On ne sait jamais comment une histoire commence. Je veux dire que lorsqu'une histoire commence et que cette histoire vous arrive à vous, vous ne savez pas, au moment où elle commence, qu'elle commence. Je veux dire… Je veux dire que vous n'êtes pas là, à marcher tranquillement dans la rue et tout à coup, vous vous dites : tiens, voilà une histoire qui commence. Je veux dire on ne le sait pas… puis, lorsque finalement on réalise qu'on est embarqué dans une histoire, on ne sait pas comment tout ça va se terminer. Personne ne peut savoir. C'est seulement à la fin. Lorsque tout est consommé qu'on ouvre les yeux et on se dit : l'histoire est terminée. Elle est terminée et parce qu'elle est terminée, vous vous mettez à entendre le silence, le grand silence qui a failli vous noyer. C'est comme ça. Alors, pour conjurer le silence, on tente de trouver les mots. Pour raconter. Même si c'est n'importe quoi, mais un mot qu'on trouve au fond de soi, c'est comme une oasis au milieu du désert.
Moi, le premier mot que j'ai trouvé pour pouvoir raconter ce qui s'est passé, c'est le mot "Avant". Je dis avant, mais cela ne fait pas longtemps que je peux dire avant. Je dis parfois "Avant, j'étais un enfant." Mais quand est-ce que j'ai cessé ? Je ne sais pas."
Wajdi Mouawad

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